En quoi les objets multimédias connectés soulèvent un enjeu de communication (lien social, interactivité) ?

Selon l’Ifop en Février 2012, huit Français sur dix utilisent internet ce qui témoigne de l’hégémonie du web dans la vie quotidienne de ses sujets. La communication en réseau particulièrement est au cœur de l’écosystème internet. Il y a quelques années, la convergence numérique, comme l’évoquent Nathalie Sonnac, Jean Gabszewicz, entre les domaines de la communication, de l’information et des médias a pleinement favorisé l’innovation et suscité l’apparition de nouveaux défis mais surtout de nouveaux usages. Parallèlement à l’euphorie de l’innovation et de ses apports technologiques, se développe une approche très critique qui tend à blâmer les conséquences de ces innovations. En effet, d’un côté Internet et les objets audiovisuels et multimédias sont de véritables outils de communication qui apportent connaissance, création et interactivité. Cependant, même si son potentiel de progrès n’est plus à nier, il peut être d’un autre côté la cause d’une forme de désocialisation. Ici, l’approche information-communication qui s’exprime dans l’anthropologie de la communication ne fait ni l’apologie d’un « prophétisme numérique » ni son contraire, elle va tenter de réfléchir aux usages des destinataires et de redéfinir les apports entre individus, société et lien social.

Ainsi, il convient de se demander en quoi les objets audiovisuels et multimédias connectés soulèvent un enjeu de communication selon l’idée de lien social et de nécessité de construction sociale. Dans cette optique, il sera tout d’abord nécessaire de revenir rapidement sur les fondements de la vision négative des apports du numérique avec le web et en quoi ils proposent une approche ambivalente sur la construction sociale. Dans un deuxième temps il sera pertinent d’aller au-delà de la simple approche et d’envisager les objets audiovisuels et multimédias comme un moyen d’enrichir et d’approfondir la construction sociale, notamment avec l’idée de communauté.

 

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Internet peut être considéré comme un fabuleux outil de partage de connaissances et d’information. En effet depuis sa création dans les années 60 grâce au mouvement hacker, il prône un usage créatif des techniques pour répondre à un besoin dans une volonté libertaire. Les hackers, pionniers de la « contre-culture », revendiquent en effet l’accès libre à la connaissance et à la libre réutilisation des contenus. Dans cette optique, Internet et par conséquent les objets audiovisuels et multimédias peuvent être considérés comme une ressource infinie d’information qui permettrait d’accompagner l’épanouissement personnel.

Cependant, des études ont montrés que les conséquences du monde numérique et du web peuvent s’avérer être dangereuses à la fois pour l’individu et pour les relations entre eux. D’un côté l’écran fatigue les yeux et perturbe la qualité du sommeil, les ondes nuisent aux neurones, ce qui peut être catastrophique pour les jeunes mais de l’autre on constate également un excès d’utilisation de ces outils qui entrainerait isolement et baisse de sociabilité. Même si certains dires sont à nuancer, il n’est pas faux d’affirmer que le monde numérique et technologique hyper connecté a pleinement envahit nos foyers : télévision, téléphones fixes et portables, ordinateurs fixes et portables… Tous les objets sont présents pour nous relier entre nous. Ceci parait finalement très étrange car d’un côté les objets connectés existent pour favoriser et prolonger le lien social, mais d’un côté, il le détruit et isole l’individu. Par exemple, le réseau social Twitter propose une nouvelle manière de communiquer limitée à 140 caractères avec un langage propre et de ce fait susciterait la peur d’une destruction du lien social alors que l’idée d’origine était de l’entretenir.

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Dans cette approche, il est nécessaire de passer outre cette vision manichéenne de la société ou tout serait blanc ou noir. La question qu’il faut se poser n’est pas « pourquoi les deux penchants existent ?» mais « comment composer avec dans notre société actuelle ? ». L’intérêt n’est en effet pas de savoir si Internet et les médias créent ou détruisent le lien social mais comment redéfinir leur existence pour qu’ils aient du sens dans nos usages. Dans le secteur de l’innovation, il faudrait arriver à proposer des solutions qui ne soient pas que technologiques mais plutôt centrées sur le social et s’intéresser d’avantage aux usages et aux supports.

Les réseaux sociaux par exemple peuvent en effet favoriser l’émergence et la présence d’un lien social en tant qu’ils amplifient les liens déjà existants. On peut également prendre en exemple l’utilisation d’un réseau social en particulier et d’un usage qui en a été fait pour une création de sens inattendue. Instagram est une application de smartphone qui permet un partage de photos et de vidéos que l’on peut retoucher à travers différents filtres vintages et autres personnalisations. Ici l’intérêt de ce réseau est double : il permet selon les goûts de se concentrer sur la retouche photographique ou/et de se concentrer sur le partage social. L’utilisation des « Hashtags » va permettre de placer le contenu dans un ou plusieurs mots-clefs répertoriés et accessibles par tous, ce qui permet aux personnes extérieures de trouver n’importe quelle photo répertoriée avec le ou les hashtas demandés.

Il y a quelques mois, avec une camarade, nous avons organisé un « défi photo » pour le mois d’Octobre où à chaque jour du mois correspondait un thème photographique (ex : tenue de saison, couleurs d’octobre, petit plat…)(cf. annexe 1). Afin de pouvoir retrouver les photos postées pour notre défi nous avons demandé aux participants de bien vouloir faire figurer le hashtag « defioctobre2015 » et nos mentions « @pseudo ». Nous avons partagé le défi sur les autres réseaux sociaux pour intégrer un maximum de personnes (Facebook, Twitter, Google+, Pinterest…) ainsi que sur mon blog, ce qui témoigne également de l’interconnexion entre tous les réseaux sociaux.

  defi-octobre-2015 instagram        instagram defi octobre 2015

Le défi ayant été un succès, il nous a permis de constater la création d’une véritable communauté rassemblée autour de ce principe, ce à quoi nous ne nous attendions pas. Nous ne connaissions pas la plupart des personnes et pendant un mois, nous avons partagé leur existence à travers un récit de photos. Nous avons créé du lien social en nous trouvant tous et chacun des points communs que nous donnaient les thèmes imposés, et nous avons également fait l’expérience de la diversité car toutes les interprétations étaient différentes. En plus du lien social créé, nous avons créé ensemble un « objet » archivable produit collectivement et uniquement grâce aux réseaux sociaux. Ce qui est également intéressant de noter, c’est que dans ce cas de figure, l’intérêt double de l’application est totalement mêlé. Nous pouvons nous concentrer sur la beauté de la photographie en elle-même, tout comme nous pouvons prendre une photo pour l’authenticité et le respect du thème (donc pas nécessairement esthétique). Il permet également de choisir son réseau de partage. Même si la photo est répertoriée dans la base de donnée Instagram et visible par tous, elle s’inscrit au sein d’un groupe qui connait son hashtag spécial pour se retrouver. Cette expérience témoigne donc d’une volonté d’aller au-delà de la simple utilisation d’un réseau social pour chercher une création de sens à travers un esprit collectif.

 

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Ainsi, l’expérience du défi sur le réseau social nous montre en effet que les objets audiovisuels et multimédias soulèvent un véritable enjeu de communication : celui de la nécessité d’une construction sociale. Dans l’exemple, on a pu constater une véritable construction collective d’un produit issu de chacun des membres. Cette construction est ce qui permet d’apporter du sens dans notre utilisation des objets multimédias. Bien entendu, il n’est pas nécessaire de faire des défis tous les mois pour créer du sens dans nos échanges sociaux sur le web, il existe une multitude d’idées qui permettent de regrouper les gens autour d’un sujet et de donner lieu à  la production d’un lien social qui fait sens. On peut par exemple revenir sur les attentats du 13 Novembre qui ont suscités des mouvements de panique et parallèlement de solidarité qui se sont exprimés sur Twitter. Le hashtag #Portesouvertes a permis d’accueillir les personnes en danger dans Paris, ce qui témoigne d’une utilisation du réseau social pour une volonté de créer de l’utilité, donc du sens.

 

 

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